Le quartier de BIR CHIFA
Par Association chifae, jeudi 26 octobre 2006 à 19:55 :: Le Quartier :: #4 :: rss
Notamment à BIR CHIFA ou ils représentent une part non négligeable du parc 10%. La population de ce quartier, tell que saisie dans les limites des districts de recensement choisis, est de 76 000 dont 46% sont âgés de moins de 15 ans.
L’arrondissement de Béni Makada
La ville de Tanger
Une histoire internationale
Tanger, ville stratégique du détroit , porte entre l’Europe et l’Afrique, est habitée depuis 2500 ans.
De nombreux peuples y ont laissé leurs empreintes ; c’est ainsi que nous trouvons des vestiges des Phéniciens, des Romains, des Wisigoths, Arabes, Portugais , Anglais, Espagnols …
Elue comptoir du commerce par les phéniciens et grecs, puis capitale romaine de Maurétanie attaquée par les Vandales venus d’Espagne ( en 429), puis entre les différentes mains des arabes pour tomber en 1149 dans celles des Almohades, elle est restée au cours de ses différents statuts , une ville de prestige.
En 1471, Tanger appartient au Portugal.
En 1580, Tanger devient espagnol.
En 1661, elle est à l’Angleterre.
Assiégée en 1679 par Moulay Ismail, les marocains gardent le contrôle de la ville jusqu’au milieu du XIXe siècle, période où Tanger devient l’objet d’une intense rivalité entre les différentes puissances européennes.
Le statut de la ville fut arrêtée en 1923, un traité franco-espagnol définit le « statut international de la ville de Tanger ». La France, l’Espagne, l’Angleterre, le Portugal, la Suède, la Hollande, la Belgique, l’Italie, les Etats Unis et le Maroc, se partagent alors la ville.
Elle connaît un essor rapide et puissant tout au long du XXème siècle. Durant cette période de protectorat, l’exploitation de Statut international a permis à Tanger de connaître un « boom » immobilier et spéculatif, favorisant ainsi l’apparition d’un secteur d’activité économique dynamique mais dont les effets ont été limités dans le temps. Cette activité a facilité l’exode rurale.
La ville passe alors de 30 000 habitants en 1923 à 170 000 habitants en 1952.
Les conséquences de cette explosion se sont rapidement traduites par une recherche de logements de la main d’œuvre « importée », qui ne trouvant pas de réponses formelles à leur demande, se loge dans des quartiers d’habitats spontanés.
Ainsi à la vielle médina, enserrée dans des remparts devenus vites trop étroits, se juxtapose une ville moderne au tracé géométrique et bien aéré. Elle regroupe dans de grands bâtiments les activités économiques et administratives de la capitale du Nord. Des immeubles d’habitation complètent un ensemble d’architecture moderne ; des quartiers résidentiels prolongent alors la ville vers le Sud et l’Ouest.
Et les plus grands bidonvilles de Tanger voient le jour en périphérie.
L’indépendance du Maroc en 1956 rend Tanger au Maroc, tout en gardant ses privilèges économiques et financiers. Elle devint alors l’une des stations balnéaires les plus cotées.
Puis négligée pendant des années par le gouvernement de Hassan II, elle perd de son rayonnement.
Cependant pour les populations rurales, elle continue dans les années 1970-80, d’être très attractive de part ses possibilités économiques, caractérisées par le
développement d’activités diversifiées, notamment dans le secteur informel ( commerce, petits services, construction, …). Aussi le trafic de drogue, contrebande, commerce humain attire de nombreux tangérois ou visiteurs. Une véritable explosion urbanistique est donc vécue par Tanger, particulièrement au niveau des douars périphériques. Ces douars se développent en quartiers clandestins.
Les années 90 à nos jours se caractérisent par une autre forme d’exode : les candidats à l’émigration clandestine, suite à la fermeture de l’Europe par le biais des visas. Cette population démunie ou de passage réside dans la médina ou dans les bidonvilles.
Aujourd’hui , le développement économique du Nord du Maroc avec Tanger en son centre est l’une des priorités du gouvernement de Mohamed VI. Déjà de nombreux projets d’infrastructures et de développement économique sont en cours de réalisations.
Sa morphologie : une porte vers deux continents
Tanger est situé à l’extrémité Nord Ouest du Maroc, sur le détroit de Gilbratar. Porte du Maroc et de l’Afrique, elle est à la fois un carrefour géographique et humain : 2 continents, 2 espaces maritimes…
Tanger couvre une superficie de 13 740 hectares.
La plus grande partie urbanisée du périmètre urbain de Tanger s’étend sur un site contraignant allant de l’étroite frange maritime ( falaises, port et plages) vers le sud constitué de collines basses.
La ville s’est développée à partir du port et de la médina, et ce d’une façon plus ou moins radioconcentrique au Sud puis à l’Est le long de la baie de Tanger. Les terrains étant assez accidentés, les constructions se sont d’abord édifiées dans les zones planes, puis, sous la pression démographique l’habitat sous équipé non réglementaire a commencé à envahir, dès les années 60, des terrains de plus en plus escarpés. ( cf. Histoire de la ville)
Ainsi la structure urbaine de Tanger s’articule autour de 3 grands ensembles :
- Le centre ville, constitué de la trame traditionnelle de l’Ancienne Médina et du tracé régulier de la Ville Nouvelle.
- Les extensions périphériques Sud (Bendibane, Béni Makada, et Bouhout) , Sud Est et à l’extrême Est ( Moghogha, Tanja Balia et Sania) avec une occupation dense et non structurée.
- L’extension réglementaire du périmètre urbain à partir de 1992 de type rural ou résidentiel notamment dans la moitié Ouest de l’agglomération.
Le contraste spatial urbain entre la ville nouvelle et les extensions Sud est également reflété dans le déséquilibre en matière d’accès aux équipements d’infrastructures de base, socio collectifs et aux services municipaux.
Les tangérois
Lieu de passage vers l’Europe (…) ou point d’ancrage, la ville de Tanger connaît un fort accroissement démographique, notamment pendant la période de 1971 à 1981.
La commune urbaine de Tanger est peuplée de 497 150 habitants avec 96 7OO ménages, selon le recensement de 1994. Cette population est estimée en 2001 à 632 000 habitants selon l’étude du PLHDU .
Tableau : Evolution de la population de Tanger
1960 |
1971 |
1982 |
1994 |
2001 |
|
Nombre d’habitants |
141 720 |
192 500 |
336 700 |
497 150 |
632 000 |
Taux d’accroissement annuel |
2.8% |
5.2% |
3.3% |
3.5% |
|
Nombre de ménages |
29 520 |
40 100 |
67 340 |
96 700 |
124 000 |
Tailles des ménages |
4.8 |
5.0 |
5.1 |
5.1 |
Sources : RGPH et PLHDU
Cette forte croissance démographique est due en grande partie à une forte poussée migratoire issue des régions rurales voisines, des autres régions du territoire national, désireuse d’atteindre le pôle économique et le point de passage vers l’Europe.
Cadre administratif et réglementaire
Tanger est le chef lieu de la Région Nord depuis octobre 1997, qui comprend la wilaya de Tanger Asilah, et la wilaya de Tétouan, Chefchaouen et Larache.
Tanger est composée des arrondissements de
- Charf-Mghogha, 106 768 habitants,
- Charf-Souani, 107 691 habitants,
- Béni Makada, 144 154 habitants,
- Tanger Médina, 142 202 habitants.
L’arrondissement de Béni Makada comprenant le quartier de Bir Chifa est le plus peuplé.
Outre les services administratifs classiques que l’on retrouve généralement dans une ville marocaine, Tanger est dotée d’une Direction Régionale de l’Habitat, d’une Agence Urbaine, d’une Direction Régionale de l’ANHI, d’une cellule de l’ERAC Nord Ouest, et d’une autre de la SNEC.
La ville est dotée d’un SDAU mis à jour en 1992. Les plans d’aménagements sectoriels sont en cours.
Une économie attrayante
Les potentialités économiques qui expliquent l’attraction de la ville sont multiples :
- Un trafic portuaire important tant au niveau des transports des marchandises que des passagers ( considéré comme le premier port marocain de voyageurs)
- Un aéroport international pour les échanges économiques et touristiques
- Un secteur touristique et hôtelier important
- Une industrie de transformation en développement
- Un secteur immobilier important.
Les infrastructures génératrices d’emploi sont principalement :
- Les zones industrielles de Gzenaya
- La zone industrielle de Mghobha regroupe 115 unités industrielles oeuvrant dans les domaines de la confection, du textile, du cuir, de la chimie, des industries métallurgiques, mécaniques, agro alimentaire, etc.
- La zone franche.
De grandes infrastructures accompagnent ces points économiques, notamment :
- Le port
- L’autoroute reliant Tanger à Casablanca.
La base économique de Tanger se caractérise donc par un dynamisme relativement important, qui s’appuie sur le développement d’activités diversifiées. Ces dernières ont eu des retombées sur des activités induites, notamment dans le secteur informel, avec des activités de petites tailles.
Aujourd’hui la ville est soumise à une demande croissante d’emplois et d’activités, et avec le nouvel intérêt pour la région du gouvernement, de nombreux projets sont en cours. La perspective principale d’emplois pour Tanger est la réalisation du grand port, actuellement en construction à 30 kilomètres de Tanger, vers Tetouan. Ce projet sera accompagné de zones industrielles, de zones d’habitat : en définitive, une future extension de Tanger.
Tanger et la pauvreté
Tanger est une des villes du Maroc qui a connu le plus fort taux d’immigration rurale, ce qui donne une place considérable au phénomène de pauvreté. Celle-ci se traduit dans un premier temps par la prolifération de l’habitat spontané.
Les quartiers d’habitat non réglementaire couvrent actuellement près de 13120 hectares, comptant 24620 constructions.
Selon le RGPH de 1994, près de 37% de la population habite dans de l’habitat insalubre à Tanger.
Plus généralement, on peut distinguer trois strates d’habitat insalubre dans la ville de Tanger qui se sont développées en parallèle avec l’histoire de la ville :
- Le type Médina,
- L’habitat non réglementaire « en dur »,
- L’habitat précaire en tôle : le bidonville.
Il faut aussi prendre en compte tous les éléments qui découlent de ces îlots de pauvreté ; analphabétisme, chômage, santé, environnement et cadre de vie…
Le taux de chômage dans la commune urbaine de Tanger est plus élevé que la moyenne nationale ; 23.3% contre 20.3% en 1999.
Tous ces éléments font que la ville de Tanger est un territoire devant faire face à de nombreuses difficultés : gérer l’urbanisation galopante, trouver des parades à une économie en panne, sécuriser un territoire en difficulté… Ainsi, maîtriser l’arrondissement de Béni Makada, où 77.85 % des ménages vivent dans des strates d’habitat insalubre, est un des premiers enjeux pour la ville de Tanger.
L’arrondissement de Béni Makada
Historique de l’urbanisation
L’arrondissement de Béni Makada est à l’origine composé de douars ruraux à la périphérie de la ville.
Largement touché par l’explosion urbanistique et démographique que connaît Tanger dans les années 1970 et 1980, Béni Makada devient rapidement un lieu d’implantation pour l’habitat informel. Les douars à l’intérieur s’étirent. Des habitations se construisent ( en bidonvilles et en durs).
Avec la nouvelle vague de l’exode dans les années 90, c’est la commune de Béni Makada et la médina qui sont alors les plus touchées. L’arrondissement représente alors le « territoire d’accueil » des populations rurales et/ou candidates à l’émigration internationale. Ainsi, on retrouve une population hétérogène provenant de toutes les régions du Maroc.
L’arrondissement est alors le terrain d’une urbanisation quotidienne et galopante.
Des quartiers voient le jour en une nuit, notamment le quartier Saddam, le plus célèbre, se développant de façon totalement incontrôlée durant la guerre du Golfe profitant du relâchement de la vigilance des autorités.
Aujourd’hui encore, de nouvelles populations intègrent l’arrondissement, malgré les efforts des autorités pour contrôler les constructions clandestines.
Béni Makada a bénéficié ces dernières années de multiples interventions de l’Etat et de ses Organismes Sous Tutelle (ANHI, SNEC…). L’exemple le plus célèbre étant le PDU de Ben Dibane. D’autres organismes, tels que les ONG, le PNUD ou d’autres institutions, sont très actifs sur ce territoire très connu à travers le Maroc et le monde…
Béni Makada aujourd’hui
Superficie, forme urbaine, et habitat
L’arrondissement de Béni Makada couvre un territoire de 30km² et compte 144 150 habitants.
Très hétérogène dans sa forme, Béni Makada se présente en un ensemble de quartiers assez homogène quand à leur typologie mais sans aucune structure urbaine apparente. Ce sont des quartiers clandestins qui se sont greffés soit sur un embryon de lotissement soit sur un ancien douar rural.
La topographie accentue l’éclatement du tissu urbain par des coupures dues aux ravins, aux collines, etc…
L’arrivée tardive des documents d’urbanisme, en l’occurrence des Plans d’Aménagement a contribué à un urbanisme sans aucune cohérence. Béni Makada n’a connu qu’un seul Plan d’Aménagement (le PDU de Ben Dibane en 1994) qui n’a débouché que sur une école, un équipement administratif et un grand espace vert. Le schéma directeur de 1982 n’a pas eu de portées et n’a pas résisté à l’envahissement de l’habitat clandestin.
En somme, Béni Makada se caractérise par un tissu urbain dense, éparse et déstructuré au milieu duquel on recense quelques bidonvilles en cours de résorption.
Le parc logement présente des disparités importantes.
Par rapport à l’ensemble de l’agglomération de Tanger, Béni Makada concentre le plus grand taux de logements clandestins , le plus fort taux de propriétaires (60% des ménages ) et le plus fort taux de petits logements de moins de 3 pièces ( 63 % des ménages).
Les parts respectives de chacune des différentes catégories d’habitats dans la commune se présente comme suit et nous révèle l’ampleur de l’habitat spontané, avec une part de 58.50 % des habitats recensés.
Tableau : les types d’habitat
| Type d’habitat | % pour Beni Makada |
| Immeuble | 3.30 |
| Economique | 26.60 |
| Spontané | 58.50 |
| Précaire | 10.80 |
| Autres | 0.80 |
| TOTAL | 100 |
Source : Enquête ménages 2000
Population
L’arrondissement compte, en 1994, 144 154 habitants .
Cet arrondissement a connu depuis une croissance démographique spectaculaire qui se manifeste notamment à travers la transformation importante de sa configuration spatiale. Les résultats d’une enquête ménage de 2000 ont fait ressortir une évolution de la population encore plus élevée, de l’ordre de 206 000 individus.
Selon cette même enquête ménage, 76% des ménages de Béni Makada sont de taille supérieure à 5 personnes.
C’est une population jeune, les personnes âgées de moins de 15 ans représentent 36,5%, ceux de moins de 21 ans, 54%. L’arrondissement de Béni Makada emprunte à ce niveau une caractéristique qui relève du milieu rural marocain.
La population en âge d’activité (15-59 ans) représente 57,30% de la population.
La part de femmes (52,4%) prédomine celle des hommes (47,6%).
45, 95% des ménages résident dans Béni Makada depuis moins de 10 ans. L’arrondissement a quasiment doublé sa population en 10 ans.
Administration
Anciennement siège de Préfecture de Fahs Béni Mékada, il regroupait des communes rurales et des arrondissements urbains.
Depuis le nouveau découpage administratif, Béni Makada est désormais un arrondissement.
Il se divise en 3 zones :
- Saada,
- Ben Dibane,
- Bir Chirfa.
Il a la compétence de régler les affaires de l’arrondissement, et de décider des mesures à prendre pour assurer à la collectivité son développement économique , social et culturel.
Economie
Selon la direction de la Statistique, la population active au chômage est constituée des personnes âgées de 15 ans et plus, qui n’ont pas d’activité professionnelle et qui cherchent activement ou passivement un emploi.
Selon cette définition, le taux de chômage dépasse 43% à Béni Makada.
Ce taux équivaut à plus de 2,5 fois le chiffre national qui est de 16% selon les statistiques de 1994.
Béni Makada est toutefois le lieu d’implantation et de développement d’une gamme d’activités plus ou moins diversifiée.
Les secteurs de l’industrie, des services, du commerce et de l’informel sont importants, comme nous le montre le tableau ci dessous.
Tableau : Répartition de la Main d’œuvre selon les différents types d’activités.
Secteurs d’activités |
Pourcentages |
| Agriculture, élevage, fôret et pêche | 4,03 |
| Industrie – BTP | 28,77 |
| Artisanat | 8,73 |
| Eau, électricité et énergie | 2,27 |
| Commerce | 17,16 |
| Transport et communication | 0,66 |
| Administration | 5,91 |
| Services | 17,21 |
| Informel | 15,24 |
Total |
100 |
Source : Enquête ménages 2000
En ce qui concerne l’industrie locale, celle-ci ne constitue qu’une faible part du secteur productif et souffre d’un manque de terrain nécessaire à l’implantation et d’infrastructures. Notons tout de même la présence de la Zone Industrielle Al Majd, composée de 118 lots de terrains mais dont beaucoup demeure vide.
Aussi les activités industrielles, en présences depuis moins de 10 ans sur le territoire , sont principalement :
- 2 briqueteries,
- 1 usine de FISEM,
- 15 unités de confection,
- 1 unité de filature et de teinture,
- 1 unité de fabrication de matériel éléctrique,
- 1 unité de fabrication de salle de bains en acrylique.
L’activité dominante de l’économie urbaine de Béni Makada, est donc représenté par des unités de commerces et de services de très petites tailles, de commerce ambulant et d’autres activités relevant en grande partie du secteur informel. Prédominant, ce secteur s’associe le plus souvent à la contrebande et aux activités illicites. Le tableau ci dessus fait ressortir une proportion de 15 % de la population communale occupée par ce secteur.
Tableau : Lieux de travail de la population active
Lieu de travail |
Pourcentage |
| Béni Makada Même secteur | 31, 47 % |
| Autre secteur de la commune | 9,91 % |
| Charf | 30,71 % |
| Tanger Centre | 23,60 % |
| Autres villes de la wilaya | 0,86 % |
| Campagne de la wilaya | 1,51 % |
| Autres dans Région Tanger Tétouan | 0,65 % |
| Reste du Maroc | 1,19 % |
| Hors du Maroc | 0,11 % |
TOTAL |
100 |
Source : Enquête ménages 2000
A noter aussi que Béni Makada est le lieu de travail d’environ 41, 4 % de sa population, dont 31, 4 travaille dans le même secteur de résidence.
L’arrondissement dans la ville
Equipements et Infrastructures
Au niveau des infrastructures, l’arrondissement n’échappe pas à la caractéristique spécifique des quartiers clandestins, qui est l’absence d’une trame viaire hiérarchisée, aggravée de plus dans son cas par la topographie chahutée.
Doté d’une réseau primaire avec des axes structurants et des réseaux secondaires et tertiaires de moindre qualité ( chemins muletiers, sans revêtement..), il se relie ainsi aux diffèrents quartiers internes et à la ville.
Cependant le réseau est déjà très accidenté ( trous dans la route).
En ce qui concerne les équipements de base, le branchement à l’eau, électricité et l’assainissement varient selon les différents quartiers.
Nous avons listé les équipements « secondaires » en présence dans l’arrondissement :
Enseignement et formation professionnelle
- 29 écoles primaires publiques et 3 privés,
- 6 collèges,
- 2 lycées,
- Un centre de formation en projet, avec l’association Chifae comme partenaire.
Equipements sanitaires
Deux établissements dont celui de Bir Chifa n’offrant que des soins sanitaires de base.
Equipements socioculturels
On ne dénombre aucune bibliothèque, ni de salle de cinéma, ni de maison de la culture, ni théâtre.
Equipements sportifs
L’arrondissement accuse également un grand déficit dans ce domaine puisqu’il n’y a pas d’équipement sportif digne de ce nom…
Equipements sociaux
Il n’y a qu’une maison de jeunes aménagée dans un bâtiment loué par l’arrondissement.
Avec cet inventaire des équipements en présence sur ce territoire, l’arrondissement apparaît réellement sous-équipé.
Environnement
L’environnement dépend du quartier dans lequel on se situe, ceci en fonction du niveau d’insalubrité. On recense différents types de pollution ; inondations avec coulées de boue, rejets d’eaux usées domestiques et industrielles, fumée des usines, déchets solides, pollutions atmosphériques et sonores dues à la circulation. Le cadre de vie global de l’arrondissement n’est pas très agréable et la première impression lorsque l’on entre dans les rues est celle d’un chaos urbanistique.
Vision et image de l’arrondissement
La sécurité dans l’arrondissement est difficilement mesurable.
L’image de Béni Makada apparaît comme une première réponse…
Pour les tangérois de longue date, Béni Makada apparaît comme le « Far West ».
Les attentats du 16 mai et de Madrid ont largement accentué cette image d’insécurité dans l’arrondissement . Les articles de presse quotidienne parut cette année à propos de Béni Makada prouvent cette image ( voir en annexe 5).
Pour les marocains, l’arrondissement est lui aussi connu pour son insécurité et son fort taux criminel. Il est le lieu de concentration des trafiquants de drogue et d’armes. Aujourd’hui, il apparaît aussi comme le lieu propice à l’islamisme.
Béni Makada, arrondissement d’appartenance de Bir Chifa représente à grande échelle les problématiques de ses propres douars transformés en véritable quartiers urbains désordonnés. Bir Chifa s’intègre alors dans ce labyrinthe urbain.
La zone de Bir Chifa ( l’une des 3 formant l’arrondissement de Béni Makada) se divise elle-même en plusieurs quartiers : El Mers, Kouades, quartier Chifa. C’est le quartier Bir Chifa qui nous intéressent dans le cadre du projet Eco quartier.
Géographie du site
Localisation et délimitation du territoire d’étude
Le quartier de Bir Chifa se situe au Sud de la ville de Tanger.
Il se situe à environ 6 kilomètres du centre ville ( 12 dh en petit taxi du centre ville au noyau de vie du quartier).
Il est tout d’abord important de comprendre la délimitation du quartier, qui apparaît différente selon les structures étatiques, les privés, les associations ou ONG, et les habitants du quartier eux-mêmes.
En effet, le découpage du quartier se fait en fonction du travail à effectuer par l’acteur en question. Même au niveau des institutions étatiques, il y a une difficulté à délimiter le quartier : la difficulté à maîtriser un territoire marqué par l’habitat non réglementaire est dès lors apparente.
Ainsi, il faut bien distinguer la zone Bir CHifa qui compte près de 70 000 habitants, du quartier Bir Chifa qui lui compte environ 30 000 habitants. Ce découpage apparaît complexe, vu la divergence des propos. Par exemple, l’association prend en compte l’ensemble de la zone avec les différents quartiers s’étant greffés progressivement au noyau de Bir CHifa.
Ainsi après un travail complexe de délimitation et de compréhension du territoire , de ses difficultés , et de sa cohérence géographique, nous avons délimité le quartier de manière suivante ( voir carte en annexe n° 6 ). En effet, d’un point de vue historique, habitat, environnement, infrastructures et équipements, il nous semble impossible de travailler de façon distincte ces 2 entités séparés par la route principale mais formant un territoire de travail homogène et pertinent pour un Eco-Quartier. Les habitants eux-même se considèrent comme citoyen de Bir Chifa et non des sous quartiers le composant . Certains ne sont même pas au courant du découpage.
Ainsi nous parlerons comme le font l’ANHI et l’agence urbaine, de Bir Chifa 1 et Bir Chifa 2.
Au Nord, le quartier est délimité par le quartier Jirari. Au Nord Est il est délimité par le canal recouvert qui fait la jonction avec Ben Didane. Au sud et à l’est il est délimité par le quartier El Mers,bidonvilles, actuellement en cours de résorption par l’ANHI.
Les quartiers de Bir Chifa 1 et Bir Chifa 2 sont composés de plusieurs sous quartiers :
- Bir Chifa 1 : Sania 1, Sania 2 et Bouraate
- Bir Chifa 2 : Coades
Superficie
Ce quartier s’étend aujourd’hui sur une superficie de 30 hectares. Il se compose de :
- Bir Chifa 1 : 13 hectares
- Bir Chifa 2 : 16, 70 hectares.
Les fiches techniques de l’Agence Urbaine de Tanger en annexe 7 marquent bien la délimitation.
Cartographie existante
Des photos ariennes et une cartographie ont été réalisées en 1997 . Nous nous baserons sur celle-ci pour notre travail, tout en sachant qu’elle est à compléter avec l’émergence de nouveaux quartiers et l’implantation de nouveaux équipements.
Aussi une cartographie mise à jour par Amendis est à notre disposition.
Historique : d’un puit à un quartier informel
Le quartier naît en 1972 avec l’arrivée de quatre familles. Elles s’installent dans le quartier Sania1 correspondant actuellement au quartier Bir Chifa1. Ces quatre familles vivaient dans la médina de Tanger mais sur des terrains appartenant à l’Etat. Sur demande de ce dernier, elles s’installent sur ce terrain, alors à l’extérieur de la ville. Les familles construiront des baraques sur ces terrains clandestins puis leurs maisons en durs.
Bir Chifa est donc depuis sa genèse un quartier clandestin.
Le développement du quartier correspond dans un premier temps aux années 1975 -1990 où les arrivées de nouveaux habitants sont quasi quotidiennes. Ces nouveaux habitants proviennent soit d’autres quartiers de Tanger, soit des quartiers ruraux de Tanger et du reste du Maroc.
Une deuxième phase de développement se situe dans les années 1990. C’est à cette époque une population de tout le Maroc qui arrive dans le quartier, provenant des autres grandes villes du Royaume et des campagnes.
C’est en effet, la période de développement industriel de Tanger . « Tous viennent pour travailler » C’est la nouvelle zone industrielle, l’attractivité du port , la zone franche et les deux grandes sociétés Delfi et Delrest qui attirent la population du Maroc à Tanger.
Mais c’est aussi la période de forte exode rurale qui a touché toutes les grandes villes marocaines durant les années 1993 et 1997,correspondant à la période de grande sécheresse.
C’est donc ainsi que s’agrandit le quartier Bir Chifa, formant alors des petits quartiers se greffant autour du noyau central les uns après les autres.
Avec d’abord le quartier Bir Chifa 1 puis le quartier Bir Chifa 2, délimités au fur et à mesure par l’autorité locale.
Tous ces quartiers clandestins n’étaient pas viabilisés. Seul deux grands puits existaient dans le quartier Sania ( d’où le nom, Sania signifiant « grand puit »).
Les habitants vivaient alors dans de réelles conditions d’insalubrité et de précarité. Aucune infrastructures ou équipements de bases n’existaient alors dans le quartier.
En 1980 (dix ans après l’arrivée des quatre premières familles), l’installation de points d’eau commence avec la construction de trois bornes fontaines.
Dans les années 1993-1994 un projet de réaménagement du quartier par l’état permet à quelques habitants de se brancher à l’eau, assainissement et électricité. (Les acteurs en présence étant la préfecture, la commune urbaine et services décentralisés de l’Etat.)
En 1996, le projet de restructuration de l’ANHI (qui permit la construction de la voie principale et structurante) marque une volonté de répondre aux problèmes existants et déclenche une nouvelle période de développement pour Bir Chifa…
Une population hétéroclite
Population
La dynamique des arrivées de nouveaux habitants mais aussi les différentes visions institutionnelles sur les limites du quartier rendent difficilement quantifiable la population vivant à Bir Chifa. Nous estimons cependant la population habitant notre territoire d’étude à 30 000 habitants environ .
Origine des habitants
Comme nous l’avons dit précédemment dans l’histoire du quartier elle-même liée à l’histoire de Tanger, et à l’histoire du Maroc, les habitants du quartier Bir Chifa sont d’origines diverses, du nord au sud du Maroc.
A noter tout de même une distinction souvent citée au cours de nos diverses entretiens, entre la population de la médina, et la population de la campagne. Ces deux types de population auraient des comportements distincts selon leur origine urbaine et rurale. C’est d’ailleurs une distinction tout à fait légitime mais hélas que nous pouvons approfondir vue la divergence des propos. L’un accusant l’autre, l’autre accusant l’un. Ce point nous semble intéressant à développer pour la suite du diagnostic.
4.3.3 Taille des ménages
Si nous nous en tenons à l’enquête ménage réalisée sur tout Beni Makada, comprenant Bir Chifa, les habitants du quartier suivent une tendance marocaine du point de vue du nombre de personnes par ménages ( cf. Tableau Taille des Ménages en Annexe 8). La tendance moyenne est de 6, 16. Aussi, le diagnostic de la Pauvreté à Tanger fixe à 5, 9 la taille moyenne des ménages de Bir Chifa. Comparativement à
la moyenne de la taille des ménages s’élevant à 5,18 personnes par ménages , le quartier Bir Chifa apparaît comme supérieur à la moyenne des quartiers informels.
Un désordre naturel et construit
Topographie
Bir Chifa est construit sur une colline, il domine la ville de Tanger et l’arrondissement de Béni Makada.
Cette position vallonneuse lui vaut des problèmes à la fois de construction et d’évacuation des égouts.
Des pentes supérieures à 15% rendent délicate la construction des maisons, des équipements. Notamment des logements ont été construits au sud du quartier sur des terrains fragiles et actuellement entrent dans un projet de relogement mené par l’ANHI.
Ces pentes sont aussi à l’origine du déversement des égouts jusqu’à la mer…
Habitat
Le quartier Bir Chifa est majoritairement construit de maisons en durs. Après trois à cinq mois dans des baraques, les maisons en durs commencent à se construire, souvent durant les heures de repos et la nuit…
Les constructions se sont surtout réalisées durant la période 1984-1986. Selon les anciens du quartier , cette période correspond à une absence de l’état et donc de réglementation stricte en ce qui concerne l’habitat. La population en a donc profité. C’est aussi la période de délaissement du Nord du Maroc dans les affaires politiques par le premier ministre.
Bir Chifa est ainsi entièrement construit en dur, mais de façon totalement désordonné, en l’occurrence non aligné. Ce sont généralement des maisons de types traditionnels aux façades, pour environ la moitié du quartier, peintes. Du carrelage sur les façades a été aussi observé. Certaines façades originales ( ex pagode japonaise) illustrent le désordre urbain où aucunes règles n’agissent et prouvent l’absence totale d’ordonnancement architectural homogène.
Les habitations R+3 , R+4, ( immeubles) sont extrêmement rares. Seulement 1% des logements.
Le quartier Bir Chifa 2 ne se distingue du 1er que par la persistance de quelques baraques. Aussi, un état de chantier inachevé est plus frappant.
Ainsi selon l’ANHI, 95 % des maisons sont en durs et 5% de types bidonvilles.
Les terres sont pour la plupart des terrains privés , mais dans Bir chifa 2, la proportion des terres collectives restent importantes.
Il faut également tenir compte du fait que selon le dire du plus ancien technicien de l’arrondissement de Beni Makada, plus de 20% des habitations de Bir Chifa sont en location. Ce phénomène de location existe depuis la naissance du quartier où très rapidement les 2ème ou 3ème étages furent une alternative ( autre que les baraques) durant la période de construction des maisons en durs. Cette pratique est, pour certains, déclarée à l’Etat et pour d’autres cas, non déclarée…
Infrastructures
Route centrale
Le quartier est traversé par la route R2, route centrale du quartier.
Elle fut construite en 1996 par le projet de restructuration de l’ANHI .
La largeur de la voie est suffisante pour une circulation carrossable à double sens. Elle permet de relier le quartier à l’ensemble du site urbain.
La route est aujourd’hui en très mauvais état. De nombreux trous empêchent une bonne circulation des voitures ou autres moyens de circulation. L’hiver les taxis ne veulent plus rentrer complètement dans le quartier avec les inondations.
Rues secondaires et tertiaires
Le projet de restructuration ne pouvant inclure l’ensemble du réseau en raison d’un problème de financement, les rues intérieures ont du être réalisées par les amicales d’habitants, avec l’appui de la commune urbaine à l’époque.
Seul deux ou trois routes secondaires ont pu être construite par l’ANHI, laissant ainsi l’exemple et les plans types à la commune en vue d’impliquer les habitants par la suite ( cf. Partie sur les dynamiques citoyennes).
Les habitants se sont donc vu confier la construction de leur rue secondaires et tertiaires, avec comme appui de la commune, le don de schiste.
La qualité de la voie dépend alors du bon fonctionnement des amicales. Elles sont cependant généralement très étroites et ne permettent que rarement l’accès aux véhicules ( d’une largueur inférieur à 3 mètres, et certaines ne dépassant pas 1 mètre de largeur). Dans certains cas, dans les ruelles accidentées et en pente, un système en escaliers a été mis en place pour faciliter la circulation piétonnière.
Il subsiste encore des ruelles non aménagées se caractérisant par de la terre ou des pierres. A noter également que l’aménagement de certaines ruelles s’arrête devant une maison dont le propriétaire n’a pas voulu adhérer ou participer à l’amicale.
Les caractéristiques topographiques du site sont un réel handicap à l’aménagement du réseau secondaire et tertiaire.
Accès au quartier
L’accès au quartier de Bir Chifa peut incontestablement être qualifié de difficile de par la qualité de la voie et par les moyens de transport.
Depuis le centre ville, les routes deviennent déjà difficiles dès l’entrée dans Béni Makada. En continuant vers Bir Chifa, la route devient de plus en plus accidentée obligeant les taxis à concéder à de nombreux écarts. La route pour accéder au quartier Bir Chifa se caractérise par une pente d’environ 15 %…
Arrivé dans le quartier, la route principale construite par l’ANHI est très endommagée avec de nombreux trous rendant la circulation difficile… Le revêtement des chaussées a été réalisé avec une qualité moyenne ce qui rend l’asphalte très sensible.
Avant la construction de la voie principale par l’ANHI, ni taxi, ni bus ne se rendait dans le quartier. Le seul moyen de se rendre au centre ville de Tanger ou simplement de sortir de quartier, était la marche à pieds…Les charrettes, moyens de transports très courants dans ce genre de quartier, ne l’a jamais été très répandu dans Bir Chifa ( cf. topographie du site).
Les taxis ne circulent que sur cette route principale et n’entrent pas dans les voies secondaires et tertiaires de Bir Chifa. Certains taxis refusent même d’accéder au quartier, mettant en cause la mauvaise qualité de la route et donc le risque de détérioration du véhicule. Par temps de pluie, l’hiver surtout, les taxis sont plus nombreux à refuser de conduire les habitants ou les visiteurs.
Le bus numéro 7 se rend à l’entrée du quartier de Bir Chifa depuis le centre ville, et ce depuis 2000 seulement. En effet, la Régie Autonome des Transports collectif de Tanger ayant fermé ses portes en 1991, n’avait pas ouvert son réseau jusqu’au quartier. Avec sa fermeture, le transport en commun est assuré par une société privée. Ainsi dès 1993, la société TANGES a ouvert une ligne pour les habitants de Bir Chifa. Cependant la société faisant faillite en 1996, les habitants se sont à nouveau retrouvés sans moyen de transports, l’Etat décidant alors d’utiliser les grands taxis. Mais peu nombreux et se stoppant dès l’entrée au Nord, ils sont insuffisants pour desservir correctement le quartier. C’est seulement quatre ans plus tard, que la nouvelle société ( espagnole) en charge des transports en commun met une ligne de bus desservant Bir Chifa.
Des taxis collectifs, ainsi qu’un transport clandestin par fourgonnette ou « taxis » à prix relativement compétitif, permettent aussi le désenclavement et la liaison avec le centre ville.
Les déplacements scolaires vers les écoles, les collèges ou les lycées se font uniquement à pieds.
Le quartier de Bir Chifa reste enclavé par rapport au reste du territoire de Tanger, même si la construction de la route principale a contribué à rendre l’enclavement du quartier à un degré moindre.
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